Modernisation de l’Etat d’Haïti : Les années de coopération avec la BID
- Opinión
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L’Etat haïtien est l’un des 18 membres fondateurs de
Le 8 avril 1959 on a déclaré ouvert à la signature l’acte constitutif de
Il est extrêmement difficile d’effectuer un bilan exhaustif des réalisations faites dans le secteur de la modernisation de l’Etat et qui mériteraient d’être créditées exclusivement au compte de cette coopération. Mais, on sait avec certitude qu’il y a eu des actions réussies, aussi bien que des actions manquées et que cette coopération a aussi évolué en dents de scie, avec des hauts et des bas, au gré de l’instabilité chronique qu’a connu le pays au cours de ce demi-siècle.
Etablir un bon bilan équivaudrait, un tant soit peu, à une tentative de linéariser cette tendance faite d’interruptions, de discontinuités, de relances et de réorientations. C’est, de fait, un pari difficile. Mais l’exercice que nous essayons de faire ici consiste en l’identification, au fil des 4 dernières décennies, d’un certain nombre de réalisations concrètes qui, peut-être, n’auraient jamais été possibles sans l’aide de
Pour cela, la démarche la mieux adaptée est celle qui s’inspire de l’évolution des choses en fonction de la succession des régimes de gouvernance politique en Haïti de 1959 à nos jours. Et, de ce point de vue, il convient de considérer : la période duvaliérienne (1959-1986), la première transition démocratique et le retour à l’ordre constitutionnel (1987-1996), les Années d’Aristide-Préval (1997-2004) et la période post-Aristidienne (2005-2009).
En 1959, Haïti venait tout juste de connaître une assez longue période de turbulence politique, François Duvalier avait moins de 2 ans au pouvoir et son système dictatorial était encore au stade embryonnaire. L’Etat haïtien était dans une phase de remodelage institutionnel et les besoins étaient immenses. Le modèle à mettre en place, pour être viable, devrait être l’objet d’un minimum de débat, tandis que le contexte politique ne s’y prêtait pas. La tentation des dirigeants d’alors était plus orientée à la construction d’un appareil étatique voué entièrement au service des ambitions du dictateur et de ses supporteurs. Au niveau mondial, c’était encore la crise économique de l’après-guerre, en Europe comme en Amérique on en ressentait sévèrement les effets. Pour faciliter la relance génératrice d’emplois, il était de bon ton que l’Etat se comportât comme un acteur économique déterminant. Et, vu sous cet angle, construire ou moderniser l’Etat rimerait à la mise en place d’un dispositif approprié de perception de recettes fiscales et un renforcement des monopoles publics dans des secteurs économiques stratégiques et très porteurs, par la création d’entreprises publiques pour la provision de certains services aux citoyens.
Dans cette conjoncture de crise,
A partir des années 70, des négociations intenses avec
L’Etat effectuait aussi, à cette époque, un investissement massif dans le domaine touristique. La sécurité des rues et la stabilité politique forcée, liées à la mainmise sans partage du régime duvaliériste sur le pays a contribué à attirer les touristes. Mais au début des années 80, l’Etat haïtien commençait par s’affaiblir et, malgré cela,
De 1986 à 1990 la coopération avec Haïti était mise à mal. Pas un sou n’a été approuvé et cela pouvait se comprendre aisément. C’était une période de grandes turbulences politiques où les militaires se sont arrangés pour gérer à leur guise les affaires du pays, au mépris de tous les principes et accords internationaux établis. Les structures étatiques ont été désarticulées ou détruites et cela a donné lieu à une instabilité sociale peu propice à l’investissement tant public que privé. En ce temps-là, l’Etat était à re-construire et la constitution de 1987 traduisait cette intention de repartir sur de nouvelles bases. Malheureusement la peur bleue d’un éventuel retour à la dictature a inspiré aux constituants un modèle d’Etat dysfonctionnel à divers points de vue.
A partir de 1991, la coopération de
Il est important de signaler l’évolution qualitative de la coopération en matière de modernisation de l’Etat. Au cours de la période examinée (1959-1986), les investissements dans ce secteur se limitaient strictement à la capitale du pays et adressaient essentiellement des problèmes d’urbanisme et de transport public. Mais à l’orée de la période dite de transition démocratique, la perception a substantiellement évolué car on avait, pour la première fois, posé le problème de la décentralisation, de la gouvernance économique, de la création d’un environnement susceptible de faciliter l’investissement privé et on avait diagnostiqué également la capacité de l’Etat à générer plus de revenus fiscaux lui permettant valablement de faire face à ses défis sociaux. Cela étant fait, le portefeuille de prêt a considérablement grandi tant en quantité qu’en qualité. Au fur et à mesure que se précisait le concept de construction ou de modernisation de l’Etat, la part relative du portefeuille augmentait. Entre 1960 et 1970, le montant investi dans ce secteur était nul (0), entre 1971 et 1980 il représentait 14.2% , tandis qu’entre 1981 et 1986 il était de 38%. Mais, est-ce que dans la réalité les programmes exécutés se sont traduits par des réalisations concrètes ?
Ceteris paribus, on ne peut pas répondre par l’affirmative sans un minimum de nuance. La problématique de la décentralisation était peut-être mieux comprise, mais jusqu’à la fin de la période considérée les prises de décision et l’exécution du budget national restaient inexorablement centralisées et tous les organes des collectivités territoriales n’étaient pas encore en place. On avait enregistré des avancées en matière de collecte de revenus, mais la provision des services publics aux citoyens laissaient beaucoup à désirer. Les interventions de l’Etat, visant à attirer les investissements privés et étrangers, ont été neutralisés par des turbulences sociales, mais entre 1994 et 1997 l’économie nationale a enregistré, malgré tout, une croissance moyenne de 4 %, un taux remarquable par rapport aux quinze années de récession postduvaliériennes.
Les Années d’Aristide-Préval (1997-2004)
Une grande partie de l’enveloppe approuvée entre 1995 et 1997 n’a pas été mise à la disposition des autorités de l’heure pour des raisons liées à la qualité de la gouvernance démocratique et économique. Il n’y a pas eu non plus de négociation en vue de l’octroi de nouveaux prêts. Les gouvernements qui se sont succédé au pouvoir, au cours de ces sept années, ont dû utiliser les ressources du Trésor Public pour financer leurs projets et, à maintes reprises, ils se sont vus obliger de recourir à la création de la monnaie ou à la planche à billets pour se maintenir à flot. Cela a entrainé la détérioration de tous les indicateurs macroéconomiques et, avec eux, la baisse de la production nationale ainsi que celle du pouvoir d’achat de la population.
Autant dire qu’une part importante des réalisations faites n’a pas pu être sécurisée, soutenue et rendue capitalisable. L’Etat était redevenu complètement affaibli dans ses structures et il l’était aussi dans sa capacité de fournir les services vitaux aux citoyens et de faire régner l’ordre sur tout le territoire national. A divers points de vue, la situation était de loin pire que celle qui a prévalu après la chute du régime-makout. La faillite de l’Etat était telle que la communauté internationale a dû intervenir pour limiter les dégâts.
La période Post-Aristidienne (2005-2009)
Pour être très précis, il convient de signaler qu’au cours de ces quatre (4) années qui ont suivi le départ forcé d’Aristide, il y a eu un gouvernement de transition et un gouvernement légitimement élu. Entre la deuxième moitié de 2004 et la fin de l’année 2006, le régime de transition a négocié et obtenu l’approbation de 65 millions de dollars (de prêt) en vue de financer des programmes étroitement liés à la modernisation de l’Etat. Ce sont le programme de réhabilitation urbaine (50 millions) visant la construction de complexes administratifs et socioculturels, le programme de gouvernance économique (5 millions) au profit des institutions de la régie financière (AGD et DGI) et les institutions de transparence horizontale (CNMP, IGF, ULCC etc.) et le programme d’appui à la gestion des ressources humaines (10 millions). Ceux-ci sont en cours d’implémentation jusqu’à présent. Depuis 2006,
Globalement, de 1959 à 2009, ce sont 302,100,000 US$ qui sont investis dans le secteur de modernisation de l’Etat sur un montant total de 1,330,821,066 US$, soit 22.7 % des ressources des 50 ans de coopération de
L’impact de ces investissements peut se mesurer au niveau de la performance de
Ces interventions, avec celles d’autres bailleurs, ont permis une augmentation régulière des taxes et des droits de douanes. De l’exercice fiscal 2004-2005 jusqu’à celui qui vient de se terminer, les recettes fiscales et douanières ont connu une croissance cumulée de plus de 40%. Ces résultats sont dus au fait que le fisc est plus que jamais en mesure de lutter contre l’évasion fiscale et la contrebande. Ils sont liés aussi à sa capacité de dépister de nouveaux contribuables, opérant dans la sphère informelle de l’économie nationale.
Les résultats ont été plus visibles au niveau des bureaux déconcentrés de
A présent, il convient de tout faire pour sécuriser les acquis et de créer les conditions facilitant le renforcement et la modernisation continue de l’Etat haïtien. Pour cela, il est nécessaire de tirer leçons des expériences passées. Le survol chronologique effectué ici sur les 50 ans de coopération de
Cela dit, pour arriver à moderniser l’Etat dans sa globalité comme il le faudrait,
Port-au-Prince, le 20 septembre 2009
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